|
CLAUDE
BAZILIER
BOIS
POLYCHROMES
Enfant, il
rêvait de devenir... un Indien. Il finit par emprunter
aux Peaux-Rouges criards de Rimbaud leurs poteaux de
couleur, à Gauguin son audace et la beauté
sereine des femmes, et il s'embarqua sur un bateau de
créateur autodidacte après qu'un mauvais coup
du sort l'ait privé d'emploi.
Marionnettiste, il
rénove, révolutionne même, cet art en
agrandissant les "poupées" jusqu'à les faire
sortir du cadre du castelet, et créer des spectacles
de marionnettes géantes, en papier, aux formes
stylisées, presque abstraites, et aux couleurs vives.
Aujourd'hui, il continue de peupler le monde de personnages
qu'il crée à partir de matériaux de
récupération, sacs de pommes de terre, toiles
grossières, caisses ou cageots, troncs ou branches
d'arbres, chutes de coupe... enfin, tout ce qui peut
suggérer une forme, un profil, un
"totem"...
Claude Bazilier
utilise peu de couleurs : le rouge vermillon, le bleu
d'outremer ou de céruléum, l'ocre jaune ou le
jaune de chrome, le vert anglais, du blanc, du noir... Mais
ses personnages sont haut en couleurs !
Sortis du monde du
théâtre, du rêve ou des jouets,
minuscules ou gigantesques, ils sont à la fois
évidents et inutiles : c'est de l'Art !
Chez les Peaux-Rouges,
le totem est un personnage-animal considéré
comme l'ancêtre de la tribu.
"Totem", c'est le nom
que Claude Bazilier, devenu vieil indien limousin, donne
à ses créatures : sculptures peintes,
fichées dans le sol en plein vent comme des
épouvantails, se balançant comme les chevaux
à bascule de notre enfance, ou montées sur
roulettes pour être tirées par une ficelle, ses
"totems" sont le peuple exotique et onirique d'un monde
silencieux et ensoleillé.
Sur les murs de pierre
de la grange, peints sur des sacs en grosse toile, une
galerie de portraits aux grands yeux un peu tristes ; les
femmes ont un air de famille, méditatif, et les
hommes un genre artiste de cirque :
ses ancêtres
?
Astrid Florian
1997
|